Étiquette : Exiftool

Renvoyer les valeurs non décodées des métadonnées internes avec Exiftool

Je sors d’une semaine de vacances pendant laquelle, alas, je n’ai pas pu rédiger de billet de blog. J’avais pourtant prévu de vous raconter par le menu comment j’ai mis en pratique le guide Copy that Floppy! et ai patiemment réuni le matériel pour extraire des données de disquettes 3 pouces 1/2. J’espère que ça viendra bientôt…

En attendant, je m’étais promis de faire de tout petits billets sur les petit tips que j’apprenais. Je ne l’ai pas beaucoup fait, et c’est dommage. Plutôt que de pouetter un message sur Mastodon, je me lance ce matin.

Vous connaissez sans doute exiftool, qui est un outil ABSOLUMENT INCONTOURNABLE pour la préservation numérique. En gros, il s’agit d’un extracteur de métadonnées pratiquement universel. Il analyse vos fichiers et vous renvoie plein d’informations utiles sous une forme structurée. Mais il est aussi capable de les éditer – ce qui est très puissant et un peu dangereux, à tel point que mon ex-collègue Thomas Ledoux m’avait fait mettre en exergue d’un petit manuel d’édition de métadonnées internes avec cet outil la phrase suivante :

Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités

Je découvre très régulièrement de nouveaux moyens d’utiliser exiftool, de nouveaux trucs, de nouvelles options. Cette fois-ci, c’est la possibilité de renvoyer la valeur d’une métadonnée sous sa forme non décodée. En gros, Exiftool décode les valeurs codées et renvoie une chaîne de caractères compréhensible par un humain. Par exemple, si je reprends l’exemple de ce billet, l’appel à Exiftool renverra

$ exiftool -ExposureProgram 000010.tif
Exposure Program : Bulb

(Je rappelle pour celles et ceux qui n’avaient pas lu le précédent billet : on interroge ici le mode d’exposition utilisé par l’appareil photo. « Bulb » correspond à une pose longue.)

Mais je peux vouloir savoir ce qui se cache derrière cette valeur décodée, car Exiftool choisit des libellés qui ne sont pas forcément alignés avec d’autres documents de référence. Pour obtenir la valeur décodée, il suffit d’utiliser l’option --printConv, ou sa version abrégée -n.

$ exiftool --printConv -ExposureProgram 000010.tif
Exposure Program : 9

C’est tout pour aujourd’hui !

Un disque dur externe connecté à un ordinateur portable avec un câble PATA/IDE-USB.

Explorer un disque dur interne

Cela fait plusieurs mois que je n’ai pas écrit dans ce blog, et ça me navre. Mon activité professionnelle ne me laisse pas assez d’énergie pour me lancer dans une telle entreprise après une journée de travail. Depuis avril dernier, je ne publie donc plus que pendant mes vacances. Or je suis en vacances, et rien ne semble venir. Je vais donc me forcer un peu et vous faire part de quelques dernières expérimentations, dans le prolongement de mon précédent billet.

Il se trouve en effet que j’avais un ordinateur familial acheté au début des années 2000 qui achevait son séjour au purgatoire dans la maison de mes parents, avant de s’envoler vers les tristes cieux des DEEE.

Dans ce billet, je vais donc faire un pas de plus et vous raconter comment j’ai fait une image de ce disque, puis je passerai en revue les méthodes et outils permettant

  • D’identifier bon nombre de fichiers système automatiquement ;
  • De récupérer beaucoup d’informations importantes sur les fichier supprimés – et pas que les fichiers supprimés eux-mêmes, comme on avait vu dans le précédent billet ;
  • De restaurer individuellement un de ces fichiers.

Prêt·e·s ? C’est parti !

Aurais-je fait une boulette ?

Quand on fait de la préservation numérique appliquée, on doit souvent intervenir sur des fichiers. Que ce soit pour rectifier une structure de format incorrecte, pour créer une copie de préservation dans un format préféré ou même pour créer une copie de diffusion conforme à nos standards de qualité, il est très utile de pouvoir comparer deux fichiers, l’original et le transformé.

Je vous propose donc ci-dessous quelques-unes de mes méthodes pour évaluer la distance entre la source et la cible d’une transformation (étant entendu que cette transformation a pour but d’être la moins destructive qui soit, donc n’affecter strictement que ce qu’on souhaite changer).

Cet article, comme les autres, a vocation à être enrichi au fur et à mesure de mes découvertes. Donc il commence petit mais il espère devenir plus conséquent ! Par ailleurs, si vous avez des méthodes similaires à me conseiller, je les prends avec avidité et gourmandise.

Le soin des choses numériques, 2. Tact et souci de l’authenticité

Une autre idée qui m’a marqué dans le livre de Jérôme Denis et David Pontille, Le soin des choses, (Paris : La Découverte, 2024) figure dans le beau chapitre intitulé « Tact ». Pour illustrer ce thème, les auteurs donnent un exemple provenant non des musées mais des collectionneurs et collectionneuses de voitures de collection Ford Mustang. Ces personnes se posent en permanence la question de la conservation de l’authenticité de leurs véhicules, donc de ce qu’elles et ils peuvent se permettre de faire pour les maintenir en état de marche sans les dénaturer. Est-il acceptable d’ajouter sur un véhicule ancien un accessoire moderne ? Si oui, sous quelles conditions ?

Et les auteurs d’écrire une phrase qui résonne fortement avec notre pratique en préservation numérique :

Faire durer une chose revient à définir en pratique ce qui compte en elle, identifier ce dont il faut concrètement s’occuper si l’on veut s’assurer que c’est bien toujours la même chose qui dure. (p. 243)

Cette citation évoque une notion qui existait sans doute en conservation traditionnelle mais qui a connu de multiples développements en préservation numérique : les significant properties. Si je tente de résumer cette idée déjà ancienne et sur laquelle on a beaucoup écrit : les institutions de conservation doivent décrire ce qu’elles considèrent comme les caractéristiques d’un document justifiant sa collecte et sa transmission. Et cela afin de s’assurer qu’au fil du temps elles le maintiennent dans un état qui réponde aux objectifs qu(elles se sont fixés et aux besoins de leur public cible.

Une carte postale montrant Hamlet tenant un crâne. En lettres majuscules, typiques d'un meme Internet, on lit en bas "To fix or not to fix".

Leave the files alone

Autrement dit, dans la langue fleurie que j’adopte volontiers : foutez la paix aux fichiers. Pourquoi cette injonction ? Parce que, dans la vulgate préservationniste, largement fondée sur des idées préconçues et élaborée dans les années 2000, l’interventionnisme était de mise, et nous a sans doute amenés à faire des bêtises. Inspirés par les politiques de numérisation, nous avons par exemple abusé de stratégies de normalisation. La tête de mes fichiers ne me revient pas ? Qu’à cela ne tienne, je convertis tout dans un seul format, et tant pis si ce lit de Procuste est trop petit et qu’on doit pour l’y faire rentrer sabrer de précieuses métadonnées internes, descriptives ou techniques, voire des morceaux inattendus (vignettes dans une piste audio, commentaire audio dans une photographie numérique, etc.).

Aimez-les comme ils sont, avec leurs défauts, leurs irrégularités. N’essayez pas de les changer. Ce sont des données patrimoniales, que diable, et c’est donc nos outils d’accès qui doivent s’y adapter, pas le contraire.

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