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  • Que l’on soit huissier ou archiviste, si la valeur probante des documents est en jeu, il vaut mieux avoir quelques bases solides en informatique (en l’occurrence ici, sur le chiffrement et les formats de fichier), faute de quoi on peut se retrouver dans des situations potentiellement désagréables…
  • Si la valeur probante d’une disquette est importante, une lecture avec un contrôleur de disquettes (Greaseweazle, Kryoflux, etc.) et un lecteur interne d’époque est nécessaire pour récupérer le maximum de secteurs et mesurer le nombre de secteurs défectueux, donc les chances pour qu’elle contienne autre chose de plus que ce qu’on voit quand on l’ouvre avec un lecteur USB de qualité médiocre.
  • Les timestamps (les dates associées au fichier par le système de fichier) sont plus que fragiles – ils peuvent même être falsifiés. Ils seront cependant pris au sérieux par le public et donc doivent être préservés autant que possible si la valeur probante des documents est importante.
  • Si les caractéristiques formelles et l’apparence d’un document vous importent, ouvrez le fichier avec le logiciel d’origine, autant que possible. Cela demande parfois d’émuler le système d’exploitation sur lequel tournait ledit logiciel.

Introduction personnelle

Dans mon billet précédent, je parlais de ma fascination adolescente pour les enquêtes sur des événements lointains qui ont un effet sur le présent. Ma vocation de chartiste est probablement née avec les lectures des romans d’Arturo Pérez-Reverte, Le club Dumas et Le tableau du maître flamand. L’intérêt des chartistes pour les caractéristiques formelles des documents et, par conséquent, la légitimité qu’on leur a reconnue à statuer sur l’authenticité de ces documents, les a parfois amenés à se prononcer sur des affaires très contemporaines. L’affaire Dreyfus est sans doute le cas le plus connu.

« Les chartistes furent au premier rang de la fastidieuse querelle d’experts qui dura autant que l’affaire elle-même. On ne trouve en effet pas moins de sept archivistes paléographes parmi les experts cités au procès Zola (…). »

Thomas Ribémont, « Les historiens chartistes au cœur de l’affaire Dreyfus », https://shs.cairn.info/revue-raisons-politiques-2005-2-page-97

A la sortie de l’école, je pensais m’orienter, comme tout apprenti chartistin qui se respecte, vers les vieux papiers mangés par les vrillettes, et puis j’ai bifurqué vers le numérique, le geek en moi s’étant réveillé après quelques années de sommeil. Tout ça est relativement cohérent : l’antiquité numérique n’est finalement pas si loin en arrière, et les chances d’y trouver des informations importantes pour la vie de nos concitoyens sont plus raisonnables. Et de fait, le terrain est laissé assez largement vacant : les adeptes de l’OSINT ne s’intéressent qu’à l’information librement accessible, donc en ligne, les spécialistes ès digital forensics s’intéressent surtout aux appareils récents, et les aficionados de rétro-informatique préfèrent souvent le matériel aux données.

Au risque de vous décevoir, néanmoins, je n’ai pas résolu de nombreuses énigmes – bien que les restaurations numériques évoquées dans mes billets sur le site de l’OPF puissent vaguement s’en rapprocher. Je rêve donc de mettre la main sur quelque objet numérique ayant un tant soit peu de valeur patrimoniale, et dont le contenu soit un enjeu pour mes contemporains. Récemment, à la lecture d’une série d’articles du Monde, j’ai trouvé un objet iconique, d’autant plus fascinant qu’il est inaccessible, ses possesseurs n’ayant donné que des informations partielles sur son contenu. Il s’agit d’une disquette qui contiendrait les solutions d’une chasse au trésor ayant duré trente et un ans, de 1993 à 2024 ! Laissez-moi vous rappeler brièvement ce qu’est la chasse au trésor de la Chouette d’or